Stéphane Nicolas
Mode
N°48 : Stéphane, fondateur de Kanten Paris

🎙️ Dans ce nouvel épisode À vous le Micro...Commerce, rencontre Stéphane, fondateur de KANTEN Paris, une marque française qui réinvente le vêtement à travers une approche mêlant minimalisme, ergonomie et modularité 🧲✨

Fabriquées à Paris en séries limitées, les créations KANTEN se distinguent par un concept original : un système aimanté intégré qui permet de transformer, adapter et personnaliser ses vêtements selon ses envies et ses usages. Une manière innovante de repenser le vestiaire du quotidien, en alliant fonctionnalité, créativité et durabilité.

Animé par la volonté de proposer une mode locale et différente, Stéphane développe une marque à contre-courant de la production de masse, où chaque pièce est pensée pour offrir davantage de liberté à celles et ceux qui la portent.

Dans cet épisode, il revient sur la naissance de KANTEN, les défis liés au développement d'un produit innovant, son expérience d'entrepreneur dans l'univers de la mode et les enseignements qu'il a tirés de cette aventure créative 💬

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La transcription de cet épisode est en cours...

Bienvenue à toutes celles et ceux qui aiment découvrir des récits d’hommes et de femmes entrepreneurs. Ici, vous écoutez le podcast “À vous le Micro-Commerce”, le podcast de la plateforme microco.com. Chaque mois, on entre dans les coulisses d’un entrepreneur : quels ont été ses freins, ses craintes, mais aussi ses fiertés ? En bref, quel est son quotidien ?

Aujourd’hui, on reçoit Stéphane, qui a créé la marque KANTEN Paris, une marque de mode responsable, unisexe, d’inspiration japonaise. C’est parti, on y va !

Bonjour Stéphane !

Stéphane : Bonjour Coralie !

C’est un plaisir de t’avoir sur notre podcast “À vous le Micro-Commerce”. On a la chance de te connaître, puisque tu as créé la marque KANTEN Paris, présente depuis trois mois maintenant à la boutique Small is Big, la boutique d’Altavia Foundation, au cœur des Puces de Saint-Ouen. Pour commencer, comment tu te définirais ?

Stéphane : Je suis quelqu’un de très curieux. C’est vraiment, je pense, ce qui me caractérise le plus. Je suis aussi assez aventurier, j’aime prendre des risques. Ce sont vraiment les trois adjectifs qui me définissent le mieux.

Ça se ressent dans tes créations. Enfant, adolescent, est-ce que ces envies de création, de te lancer peut-être dans la mode, commençaient déjà à tourner dans ta tête ?

Stéphane : Oui, c’est venu très jeune. Enfant, presque. Je me souviens, j’avais 7 ans. Ce que je vais raconter est peut-être un peu particulier, mais ma mère ne m’achetait pas mes vêtements directement. Elle m’emmenait dans des boutiques où tout était dégriffé, avec des vêtements en promotion, mélangés par genres : homme, femme… Et plus ça allait, plus je cherchais des choses assez particulières.

Je me souviens d’une fois où je suis arrivé à la caisse avec une sorte de veste en filet de pêche, pas du tout faite pour un enfant de 7 ans. J’ai demandé à ma mère si je pouvais la prendre. Elle m’a répondu : “Écoute, si tu veux la mettre, c’est toi que les gens regarderont, pas moi. À partir de ce moment-là, tu fais comme tu veux.”

Je lui ai dit que je la voulais. Je l’ai prise et je suis allé à l’école avec. Ça a pas mal fait jaser. Et je crois que ça a été un déclic : j’ai compris qu’il existait une forme de langage naturel à travers le vêtement, que j’avais envie de développer.

Tu as peut-être aussi été piqué par une envie de liberté, une liberté d’expression qui, chez toi, s’est manifestée dans l’habit.

Stéphane : C’est vraiment ça. C’est une manière de s’exprimer, finalement, sans mots, mais avec une silhouette, des formes, en traversant les codes. Et parfois, peut-être même en choquant un peu.

Et en étant précurseur. On le racontera plus tard sur certains modèles, certains accessoires : tu l’as peut-être été, et tu continueras à l’être. Avant de parler de ta gamme produit et de ta marque, on peut peut-être revenir sur ton parcours, qui n’a pas forcément été linéaire.

Stéphane : Non, pas du tout.

Et c’est ce qui est passionnant. Est-ce que tu peux, dans les grandes lignes, nous raconter d’où tu viens ?

Stéphane : Bien sûr. Même si j’avais cette passion pour le vêtement, je n’ai pas décidé d’emblée de faire des études ou de dédier ma carrière à ce projet. J’ai d’abord commencé des études en nanotechnologie. Je voulais devenir chercheur en architecture de la matière.

Je suis vraiment passionné par la technologie, surtout par tout ce qui est futuriste, ce qui peut nous emmener vers d’autres horizons. Et puis, à la fin de ma deuxième année, j’ai eu un déclic. Je me suis rendu compte que passer ma vie dans un laboratoire ne serait peut-être pas aussi fun que je l’avais imaginé.

Un peu terne, peut-être. Beaucoup de silence, quelque chose de très intérieur.

Stéphane : Oui. Je me suis dit que si j’avais deux vies, j’en aurais sûrement consacré une à la recherche. Mais comme je n’en ai qu’une, je suis revenu à ma passion première, celle qui m’animait avec le plus d’émotion : le vêtement.

J’ai donc mis de côté ces deux années de recherche pour me lancer à fond dans l’apprentissage de la couture et du patronage. Une marque de vêtements, c’est beaucoup de choses, mais ce qui me passionnait vraiment, c’était de savoir définir les formes, les volumes, et comprendre comment on construit un vêtement. Plus que raconter une histoire autour du vêtement, ce qui relève davantage du stylisme. Je suis plus versé dans le modélisme que dans le stylisme.

Il y a aussi chez toi une inspiration japonaise très forte. D’où est-ce qu’elle vient ? Est-ce qu’il y a eu un coup de cœur, un voyage, une rencontre ?

Stéphane : Le voyage s’est fait chez moi. Je ne viens pas d’un milieu très aisé, donc je n’ai malheureusement pas pu voyager au Japon très jeune. J’y suis allé plus tard.

En revanche, j’ai vraiment pu goûter à la culture japonaise, notamment à travers les jeux vidéo. Beaucoup. Aussi à travers le manga papier. Je ne suis pas très animé, mais à travers tous ces codes, la musique présente dans les jeux vidéo, le graphisme, je me suis complètement plongé dans cette culture. Et j’ai voulu me l’approprier à travers toutes ces expériences.

Tu as démarré tôt à créer des vêtements pour toi ?

Stéphane : Figurez-vous que non, c’est arrivé assez tard. Le premier vêtement que j’ai voulu faire a été un total échec. Pourtant, j’avais de bonnes bases en sciences, mais je n’avais pas compris qu’en pliant le tissu en deux, puis en le coupant une seule fois, j’allais obtenir quelque chose de symétrique. J’ai donc fait tout le tour, et à la fin, le résultat n’était même pas symétrique. C’était complètement tordu.

C’est là que je me suis dit que je n’allais pas y arriver tout seul. Je suis quelqu’un qui aime bien tout faire seul, mais j’ai compris que mon côté autodidacte ne suffirait pas. Il fallait que je prenne des cours. C’était vers mes 16 ans. On m’a offert une machine à coudre pour mon anniversaire, et c’est à ce moment-là que je me suis dit : “Allez, je teste.”

16 ans, ça reste tôt quand même. Aujourd’hui, on est plongés dans l’univers KANTEN Paris, au sein de la boutique Small is Big. On est face à une marque magnifique, très aboutie. Comment tu en es arrivé là, déjà en termes de création d’entreprise ? Ensuite, on plongera dans ton univers et dans ta gamme produit.

Stéphane : C’est arrivé en plusieurs étapes. La première, c’était à la fin de mes deux années d’études. J’ai suivi les cours du soir de la mairie de Paris. Après ces deux années où j’avais beaucoup travaillé personnellement à la maison, j’avais besoin d’un break. Je suis parti à Berlin.

C’est à ce moment-là que j’ai développé mes premiers produits vraiment travaillés. Ça a beaucoup plu dans mon entourage, et quelqu’un m’a dit : “Il faut que tu fasses la Fashion Week de Berlin, je peux t’avoir une place gratuitement.” C’était super.

En moins de trois jours, j’ai dû finaliser les premières tenues : un premier manteau, un pantalon, trois silhouettes au total, le logo et le nom de la marque. Tout s’est fait en trois jours, avec l’aide de mon colocataire de l’époque, qui a dessiné le logo. Et ça a vraiment plu sur le moment.

À l’époque, même Amazon m’a proposé de vendre des produits.

On est en quelle année ?

Stéphane : En 2013.

2013.

Stéphane : Oui. J’avais refusé. Mais c’est là que j’ai compris qu’il y avait un engouement et qu’il fallait que je développe ça davantage. Malheureusement, Berlin n’était pas le bon endroit pour moi. Il n’y avait pas vraiment d’ateliers, pas beaucoup de fournisseurs de tissus, je ne parlais pas allemand. Monter une société en allemand, je me suis dit : “Je veux bien être courageux et aventurier, mais là, c’est trop.”

Je suis donc revenu à Paris, en comprenant aussi autre chose : je savais faire des vêtements, mais produire une ligne de vêtements, c’est encore autre chose. Il y a des codes, des étapes. Entre une production artisanale à la maison et une production en série dans des ateliers, il faut se conformer à une chaîne de montage. Il faut fournir des tracés, des patronages balisés et gradés pour que les ateliers puissent travailler avec. Ils ne vont pas couper des morceaux de papier au ciseau.

Tout cela, je ne le savais pas. Je n’avais pas non plus de réseau d’ateliers ou de fournisseurs. Entre 2013 et 2020, moment où j’ai finalement lancé mes premiers modèles en série, j’ai travaillé pour d’autres marques afin de comprendre tout ça. J’ai eu la chance de travailler pour une marque où je suis devenu directeur de production très rapidement, au bout de deux ou trois mois.

Donc, tu as touché à tout.

Stéphane : Voilà. J’étais vraiment au cœur de la machine. J’ai vu tout ce qu’il fallait faire, et tout ce qu’il ne fallait pas faire.

C’est la meilleure école.

Stéphane : Exactement.

En 2020, tu es fin prêt. Le problème, c’est que c’est le Covid, mais en même temps, j’imagine que tu en profites pour prendre ton temps.

Stéphane : Oui. J’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui avait une boutique dans le Sentier, qui s’était complètement libérée. La personne avait un peu lâché l’affaire et m’a dit : “En attendant de trouver mieux, prends la boutique et fais un test grandeur nature.” Et là, ça a très bien marché.

À ce moment-là, tu sais que tu t’appelles KANTEN Paris. Tu as déposé ce qu’il fallait, tu existes juridiquement.

Stéphane : Oui, bien sûr. La société a été créée en 2020. Le logo et tout le reste existaient déjà depuis 2013, mais juridiquement et officiellement, tout a été lancé en 2020, avant l’ouverture de la boutique.

Donc, c’était le vrai lancement. Aujourd’hui, tu as une gamme assez complète. Est-ce que tu peux nous la présenter, et peut-être nous montrer de temps en temps tes produits phares ?

Stéphane : Oui, bien sûr. On peut commencer par l’un des premiers pantalons que j’ai designés. C’est vraiment une inspiration de pantalon cargo japonais. On est sur quelque chose de très facile à porter, avec une bande élastique. Ce n’est pas contraignant, cela peut s’adapter à différentes morphologies du bas du corps.

Il y a des poches plaquées sur les côtés. J’aimais souvent les designer avec une poche dépareillée de chaque côté, dans des couleurs différentes. Il y a aussi une petite patte de boutonnage en bas, qui a sa particularité. On entre vraiment dans le cœur du sujet de KANTEN avec ça.

Le pantalon est légèrement fité à la cheville. Je suis assez fan d’ergonomie. Il y a quelque chose que je n’aime pas du tout : quand un vêtement n’est pas fluide à mettre, à enlever ou à utiliser. Pour éviter de s’arracher le pied en l’enfilant ou en l’enlevant, j’ai ajouté un petit aimant qui facilite vraiment la manière de le porter.

On précise que c’est unisexe. L’ensemble de ta collection est unisexe.

Stéphane : Oui, exactement. C’est l’une de mes marques de fabrique. Cela vient justement de mon passé, où je portais aussi bien des vêtements pour femmes que pour hommes. Je n’ai jamais vraiment trouvé que certaines pièces étaient impossibles à porter pour les deux genres. Globalement, je trouve qu’il y a beaucoup de formes que l’on peut faire aller sur tous les corps.

Ensuite, je vais vous montrer des produits qui sont davantage inspirés par l’architecture. Je m’intéresse beaucoup à l’architecture, aux lignes assez droites. Là, on a un col coupé, une chemise fendue, mais toujours avec un peu d’arrondi. Et encore une fois, ces fermetures magnétiques permettent de mettre et d’enlever la chemise facilement, mais aussi de la porter ouverte sans laisser apparaître de boutons ou de boutonnières. Cela donne un aspect très lisse, très minimaliste.

Ce côté aimant a aussi quelque chose de satisfaisant. C’est très chouette de l’avoir dans la plupart de tes pièces. C’est vraiment original, on le voit presque nulle part.

Stéphane : Je ne vais pas vous mentir, quand vous mettez la chemise et que vous fermez le petit bouton à la manche, on a un peu l’impression d’être James Bond.

C’est vrai, et ça va vite. Il y a un petit côté futuriste.

Stéphane : Justement, pour aller dans le futuriste, voici le dernier manteau de la collection. Il est particulièrement engagé. On retrouve ces lignes très droites, très architecturales, avec des poches découpées, plaquées, et toujours ces gros volumes. J’aime beaucoup les gros volumes. Il y a ces fermetures magnétiques et ce décroché en bas. Beaucoup me demandent si c’est un manteau pour faire du vélo.

Eh bien non, c’est simplement une ligne voulue, qui donne vraiment l’impression que le manteau flotte quand on le porte. Il faut le voir porté, il a encore quelque chose de plus fort une fois sur le corps.

Enfin, je peux vous présenter un pantalon qui se porte parfaitement pour l’été. On aime beaucoup ce genre de gros volume avec des plis. C’est une inspiration du hakama japonais, le pantalon d’entraînement d’aïkido. On retrouve beaucoup de finesse et de volume.

La dernière pièce fait encore plus penser au vestiaire japonais. C’est un mélange entre le kimono et la veste de costume, avec des bords-côtes provenant de grandes maisons de couture. Cela donne un aspect à la fois habillé et presque streetwear, avec ce côté asymétrique.

C’est impressionnant, parce qu’à chaque fois, c’est très élégant, très chic, et en même temps très confortable, très fluide.

Stéphane : J’ai envie de garder quelque chose d’urbain.

Exactement. Et il y a aussi une grande attention portée au détail.

Stéphane : Oui. Par exemple, une patte de boutonnage, il faut la surpiquer. Mais cela n’aurait pas été très joli d’avoir une grosse couture au milieu. J’utilise donc une technique de haute couture qui s’appelle le bagage. C’est une petite couture quasiment invisible, qui ne laisse rien apparaître sur la surface extérieure.

Il y a toujours un travail de détail et de finition que je trouve vraiment important, parce que c’est cela qui fait qu’on s’attache longtemps à une pièce.

On est sur un vestiaire complet. Ensuite, tu t’amuses aussi sur une gamme de t-shirts que tu fais beaucoup évoluer.

Stéphane : Oui. J’ai commencé avec la sérigraphie, que j’ai apprise en autodidacte.

C’est encore plus dur que la couture.

Stéphane : C’est encore plus dur que la couture.

Les gens ne le soupçonnent pas. Raconte-nous.

Stéphane : Quand on regarde des vidéos de sérigraphes, ça a l’air très facile. Ils prennent l’écran, ils impriment, et hop, ils en font une centaine à la chaîne. Mais on ne voit pas tout le travail qu’il y a avant pour que l’impression se passe bien.

Contrairement à beaucoup de métiers, c’est quelque chose qui n’est fait que de variables. Il n’y a pas vraiment de constante. S’il fait chaud, humide, sec, si l’encre est claire, foncée, si le dessin est un aplat ou de la trame… Quand on est novice, c’est un puits sans fond d’erreurs et de variables à ajuster. Ça m’a pris énormément de temps.

On parle de la sérigraphie sur t-shirt que tu proposes. On peut peut-être raconter ton expérience en boutique. À l’entrée de la boutique, tu proposes aux clients de choisir leur design. Ce sont des designs que tu as conçus, et ensuite tu les poses sur un t-shirt grâce à une machine.

Stéphane : Exactement. Là, on est sur une autre technique, qui s’appelle le flex. C’est beaucoup plus simple, puisqu’on peut couper directement dans des matières vinyles des formes vectorielles. Contrairement à la sérigraphie, on ne peut pas faire de dégradés ou de trames, mais on peut découper des formes très linéaires.

Finalement, cela ressemble aussi beaucoup à KANTEN. On retrouve ce côté architectural, géométrique. KANTEN signifie “point de vue”, “perspective” en japonais. C’est un peu l’histoire de ma marque : c’est mon point de vue sur la mode, mais cela peut aussi être le vôtre.

C’est là que j’intègre cette possibilité, avec le découpeur de vinyle, pour que chacun puisse personnaliser sa propre pièce. On part d’un t-shirt vierge, blanc ou noir, on choisit sa couleur. Ce n’est pas une forme très évoluée, c’est quelque chose de simple, un t-shirt. On n’est pas dans la couture comme pour le reste du vestiaire KANTEN. Mais grâce à votre imagination et à vos envies, vous obtenez une pièce qui vous définit, qui exprime votre point de vue sur la manière dont un t-shirt devrait être porté, et sur ce que vous avez envie de montrer dessus.

Je trouve surtout que les designs sont vraiment originaux, très singuliers. C’est aussi une fierté de porter des choses qu’on ne voit pas partout, dans un univers très mondialisé où l’on retrouve souvent les mêmes anagrammes, les mêmes logos.

Stéphane : Oui, je fais beaucoup de travail de recherche sur tout ce qui concerne le point de vue, la perspective. On peut le voir sur ce type de design.

Merci. Je voulais aussi faire un focus sur ta recherche de fournisseurs et de matières premières, parce que cela te tient vraiment à cœur d’être dans un système de mode raisonné et responsable. Comment tu t’organises ? Quelles sont tes valeurs, tes principes ?

Stéphane : Cela vient aussi de mon expérience chez d’autres marques. J’ai vu cette fuite en avant : produire toujours plus pour obtenir des prix moins chers. Et je voyais le stock s’accumuler de collection en collection. Je trouvais que cela n’avait aucun sens, surtout pour finir par tout brader ensuite.

Pour tout le monde, c’est éreintant : pour la planète, pour ceux qui produisent, et pour ceux qui doivent ensuite stocker, inventorier, déstocker… Ce sont des allers-retours sans cesse.

J’ai donc voulu prendre le contre-pied de cela. Plutôt que de produire plein de modèles dans plein de matières différentes sans intérêt, je suis allé chercher, dès le départ, ce qui me semblait le plus important : la matière.

J’ai eu la chance de tomber sur un fournisseur qui a longtemps été le pré-producteur de la maison Gérard Darel. Il y a une dizaine d’années, il a racheté des centaines de milliers de mètres de tissu de cette grande maison. Il a commencé à les revendre et s’est rendu compte que c’était beaucoup plus intéressant de faire cela.

En dix ans, il s’est constitué un véritable réseau de fournisseurs de tissus italiens et japonais, qui affluent sans cesse dans son entrepôt. Chaque fois que j’y vais, c’est une véritable caverne d’Ali Baba. On peut citer quelques grandes marques qui déstockent des tissus chez lui : Dior, Hermès, Louis Vuitton. Dernièrement, quand j’y suis allé, il y avait du Thierry Mugler. Ce sont des matières que l’on n’a pas l’habitude de voir dans le commerce.

J’imagine que lorsque tu touches une matière, elle peut t’inspirer un modèle que tu n’avais pas forcément en tête. Par le toucher ou la vision, c’est la matière qui va t’inspirer un vêtement.

Stéphane : C’est tout à fait vrai. Ma démarche, quand je vais chercher du tissu, n’est jamais de partir avec un plan de collection très précis. D’ailleurs, je ne dessine jamais mes vêtements. Je suis très mauvais en dessin. Quand j’ai une idée en tête, je la dessine immédiatement à plat en patronage, quitte à faire une toile, un premier prototype, souvent complètement raté, mais qui me sert de base pour améliorer mon patronage.

Quand je vais chercher du tissu, je suis incapable de me dire : “Je vais faire telle chemise, telle pièce.” J’y vais, je touche les matières. Parfois, c’est simplement une couleur qui va me dire : “Avec cette couleur, je vais faire telle chose.”

C’est peut-être aussi un conseil, parce que je sais que certaines personnes sont très frustrées quand elles vont chercher des matières et ne trouvent pas ce qu’elles voulaient. Pour moi, dans ce type d’entrepôt où il y a énormément de choix, le plus important est de ne pas savoir exactement ce que l’on veut. Il faut se laisser attraper par la curiosité, par une matière, par une couleur, et trouver une idée presque sur le moment. J’en ressors toujours satisfait. Cela développe énormément la créativité.

J’adore ce genre d’histoire, et surtout ces coulisses qui nous permettent d’entrer un peu dans les secrets d’une fabrication comme celle de KANTEN Paris. Est-ce que tu as des conseils à donner, à part celui-là, qui est déjà un très beau conseil, à des jeunes personnes ou à des moins jeunes qui voudraient se lancer ?

Stéphane : Sur une marque de vêtements, je ne veux pas parler comme si j’avais une immense expérience. Je suis encore une jeune marque. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas trop écouter les conseils de tout le monde. Donc je vais essayer de ne pas en donner trop.

C’est déjà un très bon conseil : s’écouter soi.

Stéphane : Oui, vraiment. Je pense qu’il faut se faire confiance, c’est le plus important. Le deuxième conseil que je peux donner, c’est de ne pas hésiter à aller voir toutes les facettes du métier que l’on développe.

Moi, par exemple, je fais du patronage, de la couture, etc. Mais à la fin, il faut bien vendre les produits. Il va donc falloir avoir un site Internet, se renseigner sur les technologies utilisées pour ce site, et ainsi de suite.

Sur chaque aspect de votre projet, il faut être un peu en maîtrise du sujet. Vous ne pouvez pas vous dire que vous allez tout déléguer complètement. Sinon, vous risquez d’être roulé dans la farine, d’être déçu, de gaspiller de l’argent ou du temps. Dans tous les cas, vous n’avancerez pas aussi rapidement que vous le voudriez.

Est-ce que tu as eu l’impression de trop te disperser au début, ou est-ce que tu as réussi à te concentrer sur ta collection avant de développer d’autres produits, des accessoires, et aujourd’hui d’autres choses ? On peut en parler : tu vends aussi du café et des cookies en boutique. Cela peut paraître annexe, mais je trouve ça génial. Tu es arrivé en disant que tu adores le café, le très bon café, que tu sais faire des lattes, des flat white, et que tu es aussi passionné de pâtisserie. Je trouve ça génial, parce que tu es venu avec une diversification qui faisait vraiment sens à l’entrée de la boutique. Est-ce que cela t’a paru être un risque de te disperser ? Est-ce que ce genre de diversification, tu l’avais déjà fait avant ?

Stéphane : Pour revenir au début de la marque, j’ai commencé par la sérigraphie, et non par la couture. Rapidement, je vendais pas mal de t-shirts. Je me suis dit que cela fonctionnait, mais à un moment donné, il fallait que je mette le pied à l’étrier, parce que ce n’était pas cela qui me donnait envie de me lever le matin pour être créatif et m’éclater.

J’ai donc un peu perdu du temps au début en multipliant les modèles de t-shirts, alors que j’aurais pu commencer plus tôt à créer des modèles de couture. Je dirais donc que oui, c’est important de revenir parfois à ses objectifs principaux.

Ses objectifs principaux pour consolider la marque, et les premières marches. Ensuite, une fois que cela est consolidé, comme aujourd’hui, se donner la liberté de se diversifier et d’élargir le spectre.

Stéphane : Oui. C’est vraiment en sortant les premiers modèles couture que l’image de la marque a pris. Il y a eu quelque chose à ce moment-là. C’était beaucoup plus identifiable qu’avec simplement quelques t-shirts ou sweatshirts sérigraphiés.

À ce moment-là, tu avais ton squelette, ce qui te permettait d’être fort et de proposer le reste.

Stéphane : Exactement. Un autre conseil, c’est d’identifier ce qui peut être la force de votre marque, ce qui donne son image et son identité, et de se concentrer là-dessus.

Pour ce qui est de la diversification, depuis très jeune, je cuisine beaucoup. Pas seulement de la pâtisserie, vraiment de tout. Pour être honnête, je pense que je passe plus de temps en cuisine que derrière ma machine à coudre, ou parfois même que sur mon propre projet.

Je suis vraiment passionné de cuisine. Peut-être que dans dix ans, on se retrouvera et j’aurai un restaurant, je ne sais pas. Je ne peux rien assurer.

C’est génial. On est fait pour avoir plusieurs métiers dans une vie.

Stéphane : Oui, vraiment. C’est quelque chose qui me passionne. Et quand je suis arrivé ici, j’ai vu l’espace de la boutique Small is Big, qui est vraiment agréable. On a un bel espace, on peut naviguer. J’ai vu la possibilité d’apporter quelque chose de plus que simplement des produits artisanaux.

Il y a aussi un autre aspect : quand je fais des pop-up ou des boutiques en dehors de chez moi, j’ai tendance à consommer beaucoup de café, puisque j’adore ça. Au final, cela me coûte assez cher. Donc au départ, c’était très égoïste : je me suis dit que j’allais ramener ma machine à café et en proposer aux autres.

Il s’avère que des voisins de la boutique venaient très régulièrement me commander un café. Ils me disaient : “It’s the best flat white in Paris.” Un peu plus tard, j’ai décidé d’agrémenter le café avec une petite pâtisserie, donc des cookies.

On m’a même surnommé “the cookie guy”. Certaines touristes, qui étaient là pour une ou deux semaines, venaient tous les jours prendre leur flat white et leurs cookies. Elles demandaient : “Where is the cookie guy ?”

Donc, une réussite. Venez goûter. Pour terminer, peut-être toujours sur ton expérience de la boutique Small is Big, est-ce que c’était la première fois que tu avais, sur trois mois, autant de jours d’ouverture ? Qu’est-ce que cela t’a apporté dans ta relation client et dans la vente en direct ?

Stéphane : Cette expérience à la boutique Small is Big est vraiment très différente de toutes les expériences de vente que j’ai pu avoir. Cela reste une boutique éphémère, mais pas totalement, puisqu’on est quand même sur une période de trois mois. Ce n’est pas rien.

Cela laisse la possibilité d’apporter vraiment son univers, notamment tout ce qui est graphique, avec de petits éléments de contexte. Par exemple, je peux montrer de belles cartouches de Nintendo en série limitée numérotée pour des séries spéciales KANTEN. Cela fait partie de tous ces petits objets qui construisent une marque, mais que l’on n’apporte pas forcément quand on fait un pop-up de deux jours, où il faut faire des choix.

J’ai même ici, derrière, un vélo qui a été customisé par l’un de mes partenaires associés, qui m’accompagne dans le développement de la marque depuis le début. Tout cela est possible parce qu’on a un très bel espace.

Une autre chose, c’est que grâce à cette durée dans le temps, on peut se donner rendez-vous avec les clients, notamment pour proposer des ateliers de personnalisation. Selon le métier que vous faites, vous pouvez imaginer un atelier qui connecte vraiment avec vos clients. Et je trouve cela très intéressant.

Enfin, certaines personnes passent une première fois simplement pour voir. Comme vous êtes là pendant trois mois, elles ont la possibilité de revenir et de redécouvrir la marque ou d’autres produits plus tard, si l’offre ne correspondait pas exactement à ce qu’elles attendaient lors de leur premier passage.

Je tiens à dire que c’est une très belle expérience. Un dernier point : on est au marché aux Puces de Saint-Ouen. Ce qui est exceptionnel, c’est qu’il y a un trafic très conséquent toute la journée, avec des visiteurs de toutes les nationalités. Cela permet de tester son produit auprès de toutes les cultures possibles. Je trouve que cela met énormément de choses en perspective, notamment les forces et les faiblesses de chaque projet.

Merci Stéphane, c’était très riche. On a hâte de te retrouver en boutique, et longue vie à KANTEN Paris. On peut te retrouver sur Instagram ?

Stéphane : Exactement, KANTEN Paris, tout attaché.

KANTEN Paris, tout attaché.

Stéphane : Exactement.

À très vite.

Stéphane : À très vite.

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